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9 décembre 2011 5 09 /12 /décembre /2011 07:39

Je voudrais être légère comme du champagne, mais je suis têtue comme une bulle. 

 

Il faut écrire comme on construit un feu. Quiconque possède une cheminée ou une cuisinière à bois sait bien qu'au démarrage, plus on a de papier sous le petit bois , mieux c'est : le feu prend bien plus facilement. A moi donc les pages froissées... Oui, mais cet été, j'ai pourtant  vu faire  un feu sans le moindre morceau de papier. Du lichen, et c'est tout... Et le héros de Jack London, lui, n'en possédait pas non plus. 

Eh bien, justement : dans la nouvelle, il meurt. Si, au lieu d'être un personnage imaginaire, il avait vécu... S'il m'avait rencontrée... Je lui aurais écrit, pour sûr. Il aurait gardé ma lettre au chaud, dans la poche du haut de sa chemise, sous sa pelisse. Ne l'aurait sortie qu'à la fin,  n'en présentant qu'un coin  à la flamme de l'allumette, doucement, tout doucement... Se serait gardé des branches couvertes de neige, de peur de  mouiller le reste de la feuille... Et il aurait sauvé son feu, et partant, sa vie même. Donc, il faut écrire comme s'il s'agissait de sauver la vie du héros de "construire un feu".

 

 Continuons donc à froisser du papier. Même virtuel...

 

Mais pour ce qui est de lire... Aïe. Hier, une jolie jeune fille, installée par la FNAC pile devant les rayons des pléïades, vantait les mérites des "liseuses", ces nouvaux écrans qui vous permettent de trimballer votre bibliothèque entière dans votre poche. Déjà, il y a deux ans, des publicités dans télérama vantaient le produit. Bon, le texte reproduit sur l'image publicitaire contenait deux fautes d'orthographe (c'était ballot) et on ne connaissait ni le nom de l'auteur, ni le titre du livre. Mais la publicité, cette année, a corrigé ces menus défauts, et est assez attirante. Je me suis donc approchée de la jeune fille, avec précaution cependant, mais attirée, donc : après tout, notre terre est toute petite, les arbres y disparaissent,  et les étagères ne s'agrandissent pas toutes seules.  La vendeuse m'a donc permis d'actionner l'engin...

 

Ca a été abominable. D'abord, on ne voit qu'une page à la fois, plus de vis-à-vis : il faut actionner, du gras du doigt, l'écran pour revenir en arrière. Et si vous voulez annoter quoi que ce soit, j'ai compté : pas moins de huit manipulations, et pas moins de 15 pictogrammes à déchiffrer pour aller dans la "boîte à outils", trouver le "crayon virtuel", revenir à la "page de lecture", repartir "formater la marge" (ce qui réduit d'autant la surface de lecture, déjà minuscule), revenir et se rendre compte qu'on a oublié le crayon virtuel dans un coin, repartir le chercher, revenir... Et bien entendu, ne plus retrouver le passage qu'on souhaitait annoter. Les pictogrammes... sont des pictogrammes. Soit des symboles sans doute très clairs pour ceux nés après l'informatique, mais beaucoup plus ténébreux pour ceux nés avant. Perso, j'ai une bonne connaissance de "word", donc je m'y retrouve à peu près. Mais quel effort à faire, bon sang, que d'intégrer tout cela... Alors qu'un bon vieux crayon à papier vous permet d'apposer des obèles partout où vous voulez, en moins de deux. 

 

La jeune fille a ensuite commis, évidemment, une bourde classique chez les tous jeunes vendeurs : traiter sans le vouloir le client d'imbécile. Je tentais vainement de "tourner la page", cherchant en bas d'écran une flèche, un foutu pictogramme de plus... Elle m'a assénée que "c'était instinctif", qu'il suffisait de glisser le gras du doigt, comme on liche une crème ou une pâte à gâteau, sur l'écran,  pour que la page suivante s'affiche. Je m'élève hautement contre cet "instinct" qui vient en fait des nouveaux téléphones portables, I-pod, i-pad et autres écrans soi-disant merveilleux. Ca m'angoisse, moi, de toucher un écran - et ce manque d'"instinct" me ramenait visiblement aux temps préhistoriques, pour la jeune vendeuse... (De la même manière, je HAIS les messageries à choix multiples "facturées 0,34 secondes après ce message, la prochaine fois appuyez sur dièse", puis taper un, deux, trois... Et JAMAIS PLUS de voix humaines..."). Bref. Le plaisir infini de tourner la page est donc impitoyablement refusé au possesseur de liseuse. 

 

Plus grave : chaque "maison" possède son propre catalogue. Vous ne pouvez pas lire de l'Amazon sur du FNAC, autrement dit. Comme si une étagère refusait de recevoir des livres, au motif que les siens ne connaissent que l'acajou. 

 

Encore un sale coup  apporté :  bien entendu, sur le motif du catalogue. La jeune fille m'assurait que "tous les livres édités de nos jours sont numérisés". Horreur : le plaisir de rouvrir un livre possédé depuis l'enfance disparaît lui aussi, en même temps que l'odeur du papier. Et comme votre liseuse n'accepte que les livres vendus par son fabricant, les "millions de livres en catalogue", vantés par la jeune fille, se réduisent donc aux seules nouveautés... Quelle atteinte à la littérature, quand on y songe. 

 

Plus grave encore : à ma question faussement innocente : "et combien coûte un livre téléchargé sur une liseuse ?", la jeune fille, visiblement contente de pouvoir m'asséner enfin une réponse positive, m'a assuré que cela revenait de "15 à 20 % moins cher que la version papier". In cauda venenum, en lui reposant doucement la tablette dans la main, je lui ai donc fait gentiment remarquer que l'engin contrevenait la loi dite Lang, du prix unique du livre, qui seule sauvegarde les petites librairies de quartier. 

Je me sentais exactement dans la peau de  l'Oncle de Tati chez sa soeur. C'est à dire angoissée devant la laideur du présent qu'on me propose...  Et la jolie jeune fille devenait peu à peu aussi ridicule que la voisine, zigzagant près d'un jet d'eau étique... 

 Je vais attendre un peu, pour la liseuse. Pour l'instant, seul le froid me gagne...

 

"Si un jour le hasard te ramène

au printemps, à Paris,

Nous retournerons au bord de Seine,

Comme autrefois, ma mie.

Le temps n'y fait rien et quand bien même

Je referai ma vie,

Tu seras pour moi toujours la même

Mon amour, mon amie.

C'est l'hiver encore et dans les cours grises

Pleurent les orgues de Barbarie

La Seine est triste comme la Tamise

A Londres il doit faire aussi froid qu'ici."

 


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commentaires

Albert 11/12/2011 14:15


@ Clopine


Merci de votre réponse.


Ce n’est pas de Bruant. J’ai entendu cette chanson il y a très longtemps (dans les années 70), chantée par un chanteur des rues qui
s’accompagnait avec un orgue de barbarie. Je l’avais enregistré sur une cassette, je l’ai peut-être encore quelque part… Cette chanson m’était revenue en tête, j’ai tapé quelques paroles dont je
me souvenais dans Google, et c’est comme ça que je suis tombé sur votre blog. Je n’ai pas trouvé d’autres références sur internet.

Albert 10/12/2011 19:55


Pouvez-vous me donner les références de cette chanson  à l'orgue de barbarie ? Merci.

clopine 11/12/2011 11:22



Hélas, hélas, Albert, j'en suis bien incapable. C'était Jim qui chantait cette chanson en s'accompagnant au piano, et quand j'essayais de la chanter, je me trompais généralement. Sur la rime "à
Londres il doit faire aussi froid qu'ici", il y a un demi-ton, à la fin, que je n'arrivais pas à reproduire...


Je sais qu'il est question, dans le second couplet, de coeur tracé sur un papier-peint crème, et que la petite musique mélancolique et aigrelette continue sa ritournelle. Est-ce une chanson de
Bruant ? Elle a, en moins élaboré, un je-ne-sais-quoi qui la rapproche de la Complainte de la Butte, mais je la crois bien antérieure. Et elle est si simple qu'une voix frêle, presque façon
Mireille n'est-ce pas, pourrait sans danger l'interpréter...


 


Les références existent sans doute toujours, dans le cerveau de l'ami Jim, grand musicologue s'il en fut. Mais ce cerveau est aujourd'hui plus qu'en grande partie détruit. Alors, si vous-même,
Albert, trouvez les fameuses références, j'en suis preneuse. En attendant, je fredonne cette petite chanson froide et mélancolique, en entendant presque les accords de piano que Jim plaquait
derrière...



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