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1 juillet 2015 3 01 /07 /juillet /2015 11:51

La première chose qui frappe,dans la maison de Tante Léonie, c'est sa banalité. Certes, c'est une "maison bourgeoise". Mais l'aisance qui se décline là est vieillotte, et surtout surannée. Les pièces sont petites, et encombrées de meubles imposants. Chaque pièce a sa fonction, aussi représentative que fonctionnelle. Et il a fallu toute la magie de Marcel Proust pour nimber d'émotion le cuivre du baromètre, les assiettes peintes, l'ordinaire de chambre...

Je n'ai d'ailleurs pas osé demander où était la chambre de Robert. Toute la maison de Tante Léonie se reconstruit autour de l'image de l'enfant choyé et malheureux, tendu dans l'attente solitaire du baiser de sa mère - éminemment solitaire. On nous dit que l'escalier "n'est pas le bon, le vrai est à Auteuil". On met sous globe l'énorme lanterne magique (de peur du vol ?) de la petite chambre sans souligner l'invraisemblance des "deux lits" nécessaire à la scène du livre : il y a à peine la place pour un. Mais les courtines, les coquillages, les objets pieux sont là, c'est vrai.

la magie est-elle donc envolée définitivement ? Il faut croire que non, et que l'esprit de Marcel rôde encore, délicat et nerveux, entre le jardinet et la cuisine de Françoise. La preuve, cet "atelier" qui pouvait paraître incongru était, en réalité si parfaitement "à sa place" qu'il semble que ce soit la maison qui ait irrigué nos créations littéraires.

La maison, et l'animatrice de l'atelier, Rénée Combal-Weiss. En la rencontrant, j'ai compris de suite que ce que j'avais pu entrevoir des "ateliers d'écriture", ailleurs, relevait du charlatanisme. Elle, elle légitimait l'exercice. Et comment !

Tout d'abord, elle l'a placé d'autorité sous deux auspices : la bienveillance et le plaisir. Nous n'étions ni dans une compétition, ni dans un "apprentissage" qui aurait débouché sur l'acquisition de savoir-faire. Non, il s'agissait de partage, de jeux, et de ce quelque chose que j'aurais cru impossible, sagissant de littérature, c'est-à-dire d'un exercie parfaitement intime à mes yeux : une sorte de création collective...

En plus, Renée proposait la ligne directive ("des écrits d'enfance", que faire d'autre dans la maison de Tante Léonie ?), et suggérait les méthodes pour y parvenir (faire surgir les souvenirs à partir d'exercices sensoriels : Renée démontrait que malgré une connaissance "imparfaite", selon ses termes, de l'oeuvre de Marcel , elle en avait parfaitement saisi le message...

Il nous fallut donc nous bander les yeux, écrire de la main gauche, nous allonger, tenir une tasse pleine de feuilles de tilleul à la main, nous promener dans toute la maison (privilège inouï : elle fut pour nous seules pendant deux heures !), tout cela dans l'unique but d'incliner nos écritures vers le ressurgissement du temps perdu.

J'étais, je vous l'ai raconté hier, à la fois sceptique, sur mes gardes, mal à l'aise et apeurée à l'idée de commettre des impairs, de perturber le groupe.

Mais il faut croire que c'était la crème de la crème des ateliers d'écriture. Je ne sais par quelle magie, nous avons toutes (nous n'étions que des filles, ce qui n'était certes pas plus mal) été comme "transcendées" par la journée.

L'honnêteté m'oblige à dire qu'il n'y avait que deux néophytes dans notre groupe, et que les six ou sept autres participantes étaient toutes, elles-mêmes, animatrices d'atelier d'écriture. L'une de nous, Anne B., semblait même avoir été la pionnière du genre. Et la plus jeune était justement en formation...

Les qualités d'animatrice d'atelier d'écriture sont donc fondées sur :

- un amour indéniable de la littérature, de la lecture, de l'écriture,

- l'apprentissage de techniques d'animation basées sur le respect d'autrui, le partage, la proposition plutôt que l'injonction,

- un sacré travail de préparation et de documentation,

- une aptitude à la dynamique de groupe (savoir réfréner les impatients, pousser les attardés, donner la parole aux timides et modérer les bavardages des extravertis)

- un zest de passion.

Renée les possède toutes, et elle y ajoute en plus une grâce naturelle, l'avenance d'un physique souriant. Et, chose qu'elle ignorait mais qui a instantanément joué pour moi un rôle positif, quelque chose de ma grande soeur : la petite taille, la vivacité, le timbre rieur de la voix...

J'étais mûre pour ma première expérience positive de plongée dans un groupe...

(suite et fin demain)

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