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30 juin 2015 2 30 /06 /juin /2015 12:17

Et la première particularité d'entre toutes, c'était que j'allais vraiment participer, pour la première fois, à un "atelier d'écriture". Oh, j'ai bien tenté, ici ou là, sur la toile ou ailleurs, de me joindre à des groupes : écritures, variées, plurielles, allant du simple apprentissage à des "courants" beaucoup plus expérimentés, comme ceux de Françoise Guérin par exemple. Toujours en vain : je suis fort peu soluble dans le collectif.

Et l'écriture est pour moi solitaire, intime, j'allais dire égoïste...

Les seuls "ateliers d'écriture" où j'ai un peu persévéré n'en étaient pas vraiment : il s'agissait plutôt de "mini-concours", organisé par le journal Télérama, où les lauréats (j'en étais souvent, parfois, non, bon d'accord, passons outre les scrupules de la modestie : souvent !) n'avaient comme récompense que le passage "papier" dans le journal, et des récompenses envoyées par la poste et assez hétéroclites : l'oeuvre complète de Léo Ferré, dans un joli coffret dont la tranche représente les touches noires et blanches d'un piano, un "pavé de 68" dans une boîte regroupant des documents reconstitués, un "annuaire des films français" exhaustif mais s'arrêtant, hélas, en 2002, etc., etc. Et puis Télérama a arrêté de faire des appels à textes. Mon expérience des "ateliers d'écriture" a suivi le pas.

Les maigres autres tentatives ici ou là ont toutes tourné court. En vrai, le problème des ateliers d'écriture, c'est le regard des autres portés sur votre travail, alors même que ces "autres" ne sont pas des lecteurs lambda, mais des écrivains, apprentis-écrivains, amateurs et autres : demandant une sorte de camaraderie et d'égalité de groupe dont je ne sais si je suis capable.

Et je suis d'ailleurs suffisamment orgueilleuse (ce qui m'a d'ailleurs coûté quelques "amis" ne supportant pas ma "prétention"), non pour remettre en cause la légitimité des regards en question, mais pour ne demander conseil qu'à moi-même. Je suis suffisamment exigeante, surtout avec le temps qui passe, pour déceler seule les défauts de mes textes, leurs boîteries, leurs maladresses. Et je revendique de seule décider si oui, ou non, je vais y remédier...

Et puis les ateliers d'écriture ont encore un autre défaut à mes yeux. C'est que l'honnêteté y est ma foi impossible, ou presque : comment exprimer à une personne en tout point respectable, qui fait l'effort de s'exprimer et qui est attirée par cette forme de création, qu'on n'apprécie en rien ce qui sort de sa plume ? J'ai trop d'empathie pour les vrais amateurs, aux rangs desquels je me range, pour ainsi adopter le terrible "qui aime bien châtie bien". Car qui sait pourquoi on aime, ou on n'aime pas ?

Je suis persuadée que le physique des participants de tels ateliers, ce que leur manière de parler ou de se taire révèle de leurs personnalités, même sur un temps très court, la façon dont on sent leur attrait ou au contraire leur rejet de votre propre personne, tous ces a priori instinctifs et non analysés, interfèrent à la façon d'écrans, entre la lecture de leurs textes et votre jugement...

Il fallait donc tout l'attrait de Combray, et l'espèce de gageure qui consiste à inviter un groupe de personnes à écrire dans la maison même de Tante Léonie, plus la rencontre "pour de vrai" avec Patrice Louis pour que je me lance...

Et que je tente de vaincre, surtout, la peur qui se cache derrière toutes les considérations ci-dessus : à savoir la peur d'être rejetée, de ne pas savoir comment exactement "me tenir", moi qui déborde sans cesse, qui suis sans cesse exclue, de perturber encore une fois un groupe, sans même le vouloir...

Et aussi, allez je racle le fond de mes appréhensions, un peu, aussi, la peur de m'ennuyer.Cela m'était arrivé lors d'une tentative complètement ratée : un écrivain parisien ayant loué un ancien atelier de travail du vitrail, et qui, tout en promettant aux participants de son ambitieux "atelier", monts et merveilles (pourquoi pas l'intervention d'Umberto Eco ?) se contentait de réclamer de tous les malheureux qui avaient répondu à son invite, énergie, idées, et réalisations, tout en sortant toutes les dix minutes fumer sa clope dans le jardin, et se répandre en mondanités.

J'avais bien juré de ne plus me laisser prendre...

Mais bon. Ce qui m'attirait plus que toutes ces échecs passés, c'était le lieu, magique pour qui a lu Marcel Proust. Ecrire dans la maison de Tante Léonie ! Si les participants de l'atelier étaient snobs ou simplement ennuyeux, si l'animatrice était incompétente, j'aurais au moins goûté un peu de cette émotion-là, qui s'apparentait, dans mon esprit, au plaisir ressenti lorsque, lors d'une dédicace de son livre, je m'étais retrouvée à épeler mon nom, à faire la dictée en quelque sorte, à Pascal Quignard !!!

Certes, la maison de Tante Léonie n'est pas celle de Proust écrivain, mais celle de son enfance. N'importe : toute la Recherche, déployée comme la roue du paon, provient bien de là, et y est donc, même à l'état de graine, déjà enfermée...

Les dés en étaient jetés : Patrice m'emmenait déjà devant le portail, agitait le grelot, et dans l'ombre des arbres, je franchissais pour la première fois le seuil de la maison d'enfance de Marcel Proust.

(la suite à demain).

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